Mandat e-facturation en France, ce qui change le 1ᵉʳ septembre 2026
Le 1ᵉʳ septembre 2026, la France enclenche son obligation d’e-facturation longtemps reportée. À partir de cette date, toute entreprise établie en France doit pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et les ETI doivent aussi en émettre et effectuer l’e-reporting ; les PME et microentreprises suivent le 1ᵉʳ septembre 2027.
Le mandat a déjà été reporté. Cette fois, il n’y a plus de marge dans le calendrier : les dates 2026/2027 ont été fixées par la loi de finances pour 2024, et l’administration fiscale a publié ses 101 premières plateformes agréées le 16 janvier 2026. Si vos partenaires commerciaux incluent des entités françaises, les quatre prochains mois sont la fenêtre pour confirmer que vous savez à la fois émettre et recevoir.
Ce qu’exige réellement le mandat français
La France a fait un choix architectural différent de la Belgique et des Pays-Bas. Au lieu d’un modèle four-corner Peppol-only, la France fonctionne avec un réseau de plateformes agréées autour d’un portail public :
- PPF (portail public de facturation) : le portail public. Il n’échange plus de factures, mais gère l’annuaire central et transmet les données de facturation à l’administration fiscale.
- PA (plateforme agréée, anciennement PDP) : plateformes privées agréées auxquelles les entreprises se connectent. Les plateformes agréées s’interconnectent entre elles et transmettent les données au PPF.
- OD (Opérateur de Dématérialisation) : prestataires non agréés qui s’appuient sur une plateforme agréée pour des services à valeur ajoutée.
Concrètement, à partir de septembre 2026, toute facture électronique entre entreprises françaises doit transiter par une plateforme agréée (PA) ; le portail public de facturation (PPF) n’échange plus de factures, mais gère l’annuaire central et transmet les données de facturation à l’administration fiscale. Les PDF par e-mail, même avec XML embarqué, sont exclus. L’EDI direct entre deux parties, sans plateforme agréée, est également exclu.
La France accepte trois formats de base sur un pied d’égalité : UBL, CII et Factur-X.
Transfrontalier : quand le mandat français s’applique-t-il à vous ?
La règle est plus simple que l’architecture : l’obligation française d’e-facturation ne s’applique que lorsque le fournisseur et le client sont tous deux des assujettis établis en France. Concrètement :
- Une entreprise établie en France qui facture une autre entreprise établie en France doit utiliser le système français d’e-facturation.
- Un fournisseur étranger sans établissement en France, même doté d’un numéro de TVA français, n’est pas soumis à l’obligation d’e-facturation.
- Son client professionnel français déclare alors l’achat à l’administration fiscale via l’e-reporting.
C’est le point sur lequel la plupart des exportateurs non français se trompent. Si vous êtes une entreprise néerlandaise, allemande ou belge sans établissement en France et que vous facturez un acheteur français, l’obligation d’e-facturation ne s’applique pas à votre facture. Votre acheteur déclare l’achat via l’e-reporting.
Si votre acheteur français demande malgré tout une facture structurée, le pont Peppol est la voie de moindre résistance pour la plupart des PME non françaises. Plusieurs plateformes agréées acceptent les factures Peppol BIS Billing 3.0. L’entreprise émettrice n’a pas besoin de s’intégrer directement à la stack française : elle envoie à son propre Access Point Peppol, la plateforme de l’acheteur reçoit, l’acheteur est joignable.
Le calendrier en une colonne
- 16 janvier 2026 : l’administration fiscale publie ses 101 premières plateformes agréées.
- 1ᵉʳ septembre 2026 : obligation de réception pour toute entreprise établie en France. Obligation d’émission et d’e-reporting pour les grandes entreprises et les ETI (ETI : moins de 5 000 personnes et un chiffre d’affaires d’au plus 1,5 milliard d’euros ou un total de bilan d’au plus 2 milliards d’euros).
- 1ᵉʳ septembre 2027 : obligation d’émission et d’e-reporting étendue aux PME et microentreprises (PME : moins de 250 personnes et un chiffre d’affaires d’au plus 50 millions d’euros ou un total de bilan d’au plus 43 millions d’euros).
- E-reporting (données de transaction pour le B2C et le transfrontalier) : même calendrier que l’émission, soit le 1ᵉʳ septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI et le 1ᵉʳ septembre 2027 pour les PME et microentreprises.
L’obligation de réception du 1ᵉʳ septembre 2026 est la date qui surprend le plus d’entreprises françaises. Même une petite entreprise pas encore tenue d’émettre électroniquement est tenue de recevoir électroniquement de ses fournisseurs français. Une facture d’un fournisseur étranger sans établissement en France reste hors de cette obligation ; l’acheteur français la déclare via l’e-reporting.
Que faire dans les 90 prochains jours
Le travail se divise en deux pistes : confirmer la maturité de vos acheteurs français, et confirmer votre propre capacité d’émission.
Pour votre base d’acheteurs français :
- Identifiez les 20 principales entités françaises que vous facturez. Pour chacune, vérifiez si elles sont joignables sur Peppol. Vous pouvez le faire un numéro de TVA à la fois sur
/check/peppolet obtenir un verdict en quelques secondes. - Pour tout acheteur pas encore sur Peppol, demandez-lui quelle plateforme agréée il utilisera. Il doit en choisir une avant septembre. S’il ne sait pas encore, c’est votre signal d’alarme : il est en retard, et vous pourriez devoir router manuellement.
- Demandez-lui s’il souhaite recevoir vos factures dans un format structuré. Sans établissement en France, vos factures restent hors de l’obligation d’e-facturation, mais une facture structurée s’intègre à la plateforme agréée de l’acheteur.
Pour vos émissions sortantes :
- Validez que votre système de facturation peut produire du Factur-X EN 16931 ou de l’UBL. S’il ne peut produire ni l’un ni l’autre, c’est l’écart à combler en premier.
- Testez une facture exemple sur le validateur public à
/checkpour confirmer que le fichier passe à la fois la validation PDF/A-3 et la validation de schéma EN 16931. - Confirmez auprès de votre prestataire Peppol qu’il peut atteindre les plateformes agréées françaises. Peppol est la route la moins chère pour les PME ; une connexion directe à une plateforme agréée a du sens à plus gros volume.
Ce qui change si vous opérez déjà en Belgique
Si vous émettez déjà des factures Peppol vers des acheteurs belges (obligatoire depuis janvier 2026 pour les fournisseurs établis en Belgique), vous avez fait l’essentiel du travail technique pour la France. Le format est le même, EN 16931 sur Peppol BIS Billing 3.0. La principale spécificité française est le reporting de cycle de vie que gère la plateforme agréée : les statuts de cycle de vie de la facture (déposée, reçue, approuvée, rejetée, payée) remontent au PPF, qui alimente le reporting transactionnel de l’administration fiscale. Vous n’avez pas à le construire ; la plateforme le fait. Vous devez en revanche vous assurer que votre système comptable reflète bien les statuts remontés par votre plateforme.
À retenir
La France de septembre 2026 n’est pas une Belgique avec un accent français. L’architecture est différente, le routage obligatoire via une plateforme agréée est unique à la France, et l’obligation de réception tombe sur toute entreprise établie en France dès le jour 1. La bonne nouvelle, c’est que si votre facturation parle déjà EN 16931 et roule sur Peppol, le pont transfrontalier vers la France est court. La mauvaise nouvelle, c’est que “on règlera ça après l’été” n’a plus d’été disponible cette année.